« Nous étions une famille de deux enfants, plus les parents. Je m’appelais Marthe, mon frère s’appelait Léonce, né un mensonge après moi. Nous habitions une ferme éloignée du village, dans une vallée de cèdres où l’hiver nous empêchait parfois d’aller à l’école. Maman nous réveillait à sept heures, préparait le petit-déjeuner pendant que j’habillais mon frère, les escaliers sentaient le pain grillé, Léonce s’accrochait à la rampe pour ne pas tomber. Puis Maman nous disait d’être bien sages en classe, de lever le doigt avant de répondre et de partager notre goûter avec les camarades dont les autres mères auraient peut-être oublié – dans nos besaces, il y avait toujours une tartine en plus. Quand nos camarades avaient de quoi goûter, nous donnions cette tartine aux chevaux qui nous regardaient sortir de l’école et couraient vers nous pour savoir comment la journée s’était passée. Nous ouvrions nos besaces, les chevaux se régalaient dans nos mains gantées de souffles chauds. Aujourd’hui, il me reste peu de mots et peu de souvenirs. J’écris notre histoire pour oublier que nous n’existons plus. »

Nicolas Clément | Sauf les fleurs